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Les petites lectures #7 : Les Furtifs

Quand on lit Les furtifs d'Alain Damasio en ce moment, on ne peut s'empêcher de faire des parallèles entre la fiction et notre réalité.



L'histoire se passe dans les années 2050. Pour ne pas s'écrouler, notre société et nos collectivités publiques se sont privatisées. Tous les biens communs sont soumis au marché : les villes, les rues, les quartiers, l'éducation, les prénoms... Les gens sont hyper connectés, cela permet de mieux les connaître. Le "Pig" Data enregistre de nombreuses données individuelles, qu'il analyse pour mieux répondre à leurs envies... pour mieux les contrôler aussi (ça ne vous rappelle rien?).


Sur fond idyllique de nouvelle société bien organisée et sauvée du crash, forcément, il y a des rebelles : ceux qui ne veulent pas se plier aux règles, qui ne veulent pas utiliser les bagues et les applis connectées, qui ne veulent pas vivre dans les appartements fournis par l'entreprise majoritaire et consommer les produits correspondant à l'abonnement qu'ils ont payé, qui veulent éduquer coûte que coûte la population qui n'a plus accès à l'Education nationale et leur ouvrir les yeux et la conscience.


Comme dans toute société qui poursuit un capitalisme effréné, il y a des inégalités, très dures, que l'on rend invisibles, que l'on oublie, que l'on cache par l'afflux d'images, de flux d'informations individualisées, d'intelligence artificielle et de réalité virtuelle (là, réalité ultime).


Or, là, il ne s'agit pas de l'arrivée d'un virus dans leur vie, mais d'une nouvelle espèce : les furtifs. Une espèce qui était pourtant parmi eux depuis longtemps, mais inconnue du public, car invisible. Seul un petit laboratoire militaire les étudiait, le Récif, pour les combattre. Or, quand cette espèce est mise au jour de tous, forcément les autorités crient au terrorisme et instaure un régime de peur, avec force de sécurité et de surveillance. Mais le régime était déjà là, sournoisement instauré par l'ensemble du technosystème.


Alors forcément, à cette lecture, on ne peut s'empêcher de penser à ce fameux "monde d'après" que tout le monde a à la bouche.

L'éternelle opposition entre le conservatisme du monde d'avant, connu et rassurant, et le monde d'après à inventer, plein d'espoir mais risqué.

La poursuite du capitalisme, du modèle métro-boulot-dodo, de l'asservissement insidieux à une valeur virtuelle (l'argent), de l'augmentation inéluctable des inégalités.

L'influence du monde entrepreneurial et économique sur nos modes de vie et de pensée, sans interaction avec d'autres secteurs, avec la nature et le biologique. Ce paradoxe humain à toujours être en mouvement, à toujours comptabiliser, à toujours vouloir plus.

L'évolution exponentielle du tout numérique, de la captation, de l'archivage et de l'analyse de la "donnée". L'individu ne se rendant même pas compte qu'il nourrit gratuitement ce système qui conduit au consumérisme et à la surveillance.

La dissolution dans un magma grossier et unique, des connaissances, des apprentissages, des cultures et des arts, qui constituent pourtant le socle d'un patrimoine commun, qui participent de la construction de ce qui fait communauté, qui offrent à chacun le pouvoir (et quel pouvoir!) de se donner du sens et du livre-arbitre.


On ne peut s'empêcher de penser aux incidences de cette nouvelle ère de l'anthropocène, qui consacre l'humain dans son incroyable progrès, mais aussi dans sa capacité à l'écocide et au spécide sans aucun regret ni remord.


Alors forcément, on pense à cette ère du vivant, à ce qu'on veut et ce qu'on ne veut plus... On pense à l'amour inconditionnel de cette maman Sahar et de ce papa Lorca pour leur enfant.


Et on a juste envie de se retrouver vivant dans la nature, avec les animaux, vivant au milieu de la foule d'un concert, vivant devant un spectacle, dans une salle de cinéma, vivant avec un livre en main, vivant devant les fouilles et les traces anciennes, devant une belle oeuvre... vivant avec les autres...


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